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Severus Rogue : Entre Conscient & Inconscient

La personnalité dont JKR a doté Severus Rogue fait de ce personnage un membre à part entière du très fermé cercle des protagonistes les plus insondables de la saga Harry Potter. Aussi la tentative d’étude psychologique de ce personnage apparaît comme un passage obligé pour espérer le comprendre. Précisons cependant que cette analyse repose sur NOTRE vision de Rogue. Ainsi, peut-être ne serez vous pas en accord avec nos propos ou bien aurez-vous une autre vision du Maître des Potions.

La nature « profonde » du Maître des Potions est constituée de ce que l’on pourrait nommer un ensemble de tendances, de traits de caractère qui forment un tout cohérent. Ces tendances ont en commun une motivation inconsciente. Il semblerait, selon nous que cette motivation profonde et inconsciente soit d'être fort et de maîtriser sa vie. Expliquons.

Le pouvoir

Rogue peut avoir, selon nous, inconsciemment ou non le sentiment que le monde se partage en deux catégories : les forts et les faibles. Ayant cette vision à l'esprit, il a clairement envie d'appartenir au camp des forts. Il sent que, dans le cas contraire, ces derniers seraient ainsi dans une position dominante par rapport à lui, ce qui lui serait inacceptable.

Précision : Il ne faut néanmoins pas confondre le couple Fort/Faible avec le couple Bien/Mal. En effet, bien qu’à l’heure actuelle, les forces en présence dans la saga pointent Voldemort comme le Fort, il n’en reste pas moins que cette distinction va au-delà de cela.

Rogue a donc l'impression qu’il doit s’imposer pour se protéger, pas forcément par goût du pouvoir dans l'absolu mais plutôt pour ne pas se laisser contrôler par les autres. Ceci passant par son autorité en classe (cours de potions) et par ses remarques et comportements face à des personnages de plus grande importance et stature.

Ainsi, dans le Tome 4, lorsqu’il rencontre Maugrey que celui-ci accuse de cacher des objets suspects dans son bureau, on peut noter le comportement justificatif et incisif de Severus.

« Vous savez que je n’ai rien à cacher, Maugrey, dit-il d’une voix menaçante. Puisque vous avez vous-même fouillé mon bureau […]»

Plus loin, pour conserver cette position et être respecté, Rogue pense devoir exercer une certaine forme de contrôle sur son univers et sur lui-même. Son univers étant, rappelons-le, la préparation des potions, la gestion de la Maison Serpentard et le fait d’assumer son statut de Mangemort Repenti. Ainsi, en ce qui concerne les deux premiers, il est évident que Rogue s’acharne à les maîtriser (les exemples, ici, ne manquent pas : la façon dont il mène ses cours, dont il rabaisse les élèves, des punitions qu’il inflige, etc.).

Le contrôle sur l'extérieur

Ce contrôle s'exerce tout d'abord par la recherche du positionnement de chacun que Rogue sait repérer tout de suite et mettre en avant.

Précision : Dans le Tome 5, il met bien en exergue la position de Sirius, celle d’un homme condamné à rester cloîtré. Quoiqu’il en paraisse, pour nous, Rogue aime particulièrement ces situations conflictuelles qui lui donnent l’impression de revivre, de revivre son passé en oubliant tout ce qu’il a commis et vu commettre.

Ainsi, dans le même dialogue que précédemment, lorsque Rogue et Maugrey « discutent » devant Harry, prisonnier de l’escalier, Severus refuse de croire que Dumbledore a autorisé cette « perquisition ». « Je refuse de croire qu’il vous a donné l’ordre de fouiller mon bureau ». Réponse de Maugrey : « C’est le privilège des Aurors ». Rogue a ainsi pu, dans cette relation conflictuelle déterminer la position de son opposant et ses prérogatives.

Au sein d'un groupe, Rogue détermine donc très rapidement qui détient déjà une forme d'autorité. Au besoin, pour affiner sa perception des individus et éviter les tentatives de manipulation, il peut les "tester" en les confrontant ou en jouant sur leurs cordes sensibles et leurs points faibles.

Citons encore une fois son comportement vis-à-vis de Sirius dans le Tome 5 :

« Je sais que tu [Sirius] aimes participer… »
« Tout simplement que tu dois te sentir…disons frustré de ne rien pouvoir faire d’utile (Rogue accentua légèrement le mot) pour l’Ordre ».

Cela lui permet, selon nous, d'observer les réactions des personnes qu’il « teste » et d'en savoir plus sur eux. Certains lui apparaissent alors comme faibles, et il peut les ignorer. D'autres sont directs et Rogue apprécie leur franchise.

Ainsi, pour nous, l’antipathie de Rogue envers Sirius et inversement bien que haineuse n’en reste pas moins une forme poussée de rivalité juvénile. Ils se remémorent ainsi tout deux leurs souvenirs (heureux ou moins), l’époque où leurs vies étaient normales (Rogue n’était pas un mangemort repenti et Sirius, un innocent coupable).

Ensuite, une fois que Rogue a repéré le positionnement de chacun, des autres, il peut avoir parfois tendance à s’imposer pour devenir celui qui dirige, qui organise, qui dicte les règles de conduite. Dans certains contextes, il peut essayer de limiter le pouvoir d'autrui afin de conserver le sien.

Dans sa conversation avec Sirius, il s’attribue « les pleins pouvoirs » parce qu’il est envoyé par Dumbledore. (« Je suis venu ici sur ordre de Dumbledore ») et espère ainsi conserver cette faible marge de manœuvre que lui impose son statut d’Ex-Mangemort.

Il prend ainsi le contrôle pour ne pas être contrôlé par les autres. Cette tendance peut s'étendre jusqu'au désir de prendre les décisions à la place de son entourage et de les leur imposer. Il peut même être amené à penser : "Je sais ce qui est bon pour eux". Il connaît les choses que d’autres ne connaissent pas, du moins c’est ce qu’il pense et ce qu’il espère.
Ainsi, le fait que les Rêves de Harry détériorent l’importance de sa mission le gène véritablement. Lors d’une séance d’Occlumancie, il dit donc à Harry « Oui, c’est mon travail ». Lui seul à le courage nécessaire pour accomplir cette mission, du moins c’est ce qu’il se prête à croire.

Le contrôle de soi

Très tôt, il était important pour lui d'être quelqu'un de fort. Pour ce faire, il a appris à mettre de côté tout ce qui était lié à la sensibilité ou qui pouvait s'apparenter à de la faiblesse. A aucun moment, on ne voit Rogue triste. Les sentiments qu’il éprouve semblent se limiter à la colère et la haine.

Chez lui, la peur se traduit par l’apparition d’un masque blanc.
« Severus, vous savez ce que je dois vous demander. Si vous y êtes prêt… »
« J’y suis prêt, répondit Rogue »
Il paraissait légèrement plus pale que d’habitude et ses yeux brillaient étrangement

Il a ainsi pu développer un mécanisme de défense appelé le déni.

Précision : En psychologie, on appelle mécanisme de défense un processus que notre inconscient met en place afin de nous protéger compte tenu de notre personnalité. Dans son cas, il s'agit vraisemblablement du déni : considérant qu'il est pour lui vital d'être quelqu'un de fort, son inconscient l’amène à ne pas ressentir tout ce qui pourrait s’en éloigner.

Cela peut s'exprimer :

Sur le plan émotionnel

Le déni s'opère pour lui sur le plan émotionnel. Nous avons déjà mis en avant sa tendance à ne pas s’autoriser l'expression spontanée de certains sentiments assimilables à de la faiblesse (apitoiement, tristesse, fragilité...). Au-delà de la non-expression de ce qu’il ressent, son mécanisme de déni peut aller jusqu'à l’empêcher de ressentir certaines émotions qu’il a appris à étouffer en lui, et ce de par le fait que pas une fois nous ne l’avons surpris en train de dévoiler au grand jour ses sentiments. Il ne porte pas, contrairement à Harry, son « cœur en bandoulière » et c’est pour lui, une preuve de force de caractère, et de contrôle.
Cela ne veut pas dire qu'elles n'existent plus, mais seulement qu’il les a tellement réprimées qu'elles deviennent difficilement accessibles.

Sur le plan de l'introspection.

Le déni consiste là à l’empêcher d'entrer en introspection, de se remettre en question dans certaines situations qui pourraient normalement l’amener à regretter certains de ses actes. En effet, son inconscient bloque tout ce qui pourrait le freiner dans son action. C'est pourquoi Rogue ressent assez rarement de la culpabilité ou des remords.
Ainsi, le fait qu’il se soit trompé sur le compte de Sirius (sa culpabilité) dans le T3 ne change en rien son comportement dans les tomes suivants. Plus loin, la mort de Sirius va, selon nous, faire porter à Lupin le lourd fardeau qu’est celui de la haine de Rogue envers les Maraudeurs. En effet, Lupin représente la seule personne dans le camp du Bien qui rattache Rogue a son passé, celui où il était encore « innocent ».

La justice de Rogue

Sa justice est l'une de ses valeurs fondamentales. Il est prêt à se mobiliser pour elle. C'est d'ailleurs probablement lorsque ses actions sont guidées par le rétablissement de sa justice qu’il peut se sentir pleinement puissant.

Dans le Tome 3, lorsqu’il veut livrer Sirius aux détraqueurs, il jouit pleinement de la situation, il est en extase. Il jubile dans son for intérieur de pouvoir rendre sa justice sans en aucun cas prendre en compte le phénomène de prescription, c’est-à-dire que sa haine avec Sirius n’est qu’une querelle d’adolescent qui remonte à de très nombreuses années.

« Rogue était légèrement essoufflé, mais son visage exprimait un sentiment de triomphe qu’il avait peine à dissimuler ».

De la justice à la revanche

Rogue déteste perdre. Il est pour lui intolérable d'être vaincu, diminué, ou dans toute situation qu’il percevra comme humiliante. Pour éviter de reconnaître sa défaite, il peut alors focaliser son esprit sur des actions de revanche qui pourraient lui permettre de retrouver un statut dominant. Ainsi, loin de se laisser abattre par un échec, celui-ci lui sert presque de stimulant pour rassembler son énergie et tenter de reprendre le contrôle.

« Quelle douce vengeance, murmura Rogue en regardant Black, J’espérai tellement être celui qui t’attraperai »

Rogue peut aussi dans certains cas avoir l'impression que les problèmes et les difficultés viennent des autres, de leurs comportements, de leurs opinions, ou de leurs réactions imbéciles. Il est alors tenté de chercher des coupables, et de parfois se nourrir d'une envie de châtiment ou de représailles. Il peut alors confondre son désir de vengeance avec ce qu’il pense être un rétablissement de la justice.

Réactivité et colère

Le sentiment d'avoir été berné, que ses valeurs ont été bafouées, ou encore que l'on ne le respecte pas pourrait l’amener à ruminer sa rancœur. Il préfère dans ces cas là exprimer immédiatement sa colère. La fermeté avec laquelle il exprime sa position est pour lui synonyme de force parce qu'elle lui offre un moyen de s’affirmer dans une confrontation directe et franche, probablement excitante, qui stimule son énergie.

« Tu me traite de lâche ? Rugit Sirius »
« Je pense que c’est çà, en effet, répondit Rogue »

Bien que dans cette situation, il appréhende quelque peu la réaction de Sirius, tout comme celui-ci appréhende celle de Rogue, ils n’en reste pas moins que tout deux revivent. Severus est excité d’avoir l’occasion de se venger de la même manière qu’il aurait aimé le faire à Poudlard.

Bien sûr la colère de Rogue intimide les autres. C'est d'ailleurs un moyen de ne pas se laisser contrôler. En cela c'est une sorte de bouclier. C'est aussi un moyen de proclamer son bon droit et de se rendre justice. Rogue n'hésite donc pas à l'exprimer en public. Lorsque sa colère est tournée contre quelqu'un qu’il voit comme un adversaire, alors il est capable de focaliser toute son attention sur ses points faibles, ses défaillances, ses défauts, et tout ce qui va lui permettre de l'emporter en le rabaissant dans ses torts.

Après la colère, Rogue peut avoir le sentiment que la situation est clarifiée, épurée. En revanche, il peut lui arriver, dans certains cas extrêmes, d'atteindre une sorte de point de non-retour où il ne maîtrise plus l'expression de sa colère.
Citons, le passage où Rogue surprend Harry en train de « vivre » grâce à la Pensine les souvenirs de son adolescence.

"Mais Harry ne sût jamais si son père était parvenu à ses fins. Une main s’était refermée sur son bras avec la force d’une tenaille. Harry fit une grimace de douleur et se retourna pour voir qui l’avait attrapé ainsi. Horrifié, il vit alors à coté de lui un Rogue adulte et livide de rage. […] Le visage de Rogue était effrayant : ses lèvres tremblaient, son teint était blanc, ses dents découvertes. […] Sortez ! Sortez, je ne veux plus jamais vous revoir dans ce bureau ! "

Pour conclure, précisons que nous ne prétendons en aucun cas avoir fait, ici, un bilan exhaustif de la personnalité ô combien complexe de Severus Rogue. Cependant, il en ressort un certain nombre de points essentiels qui nous permettent de mieux le cerner, l’aborder.
Précisons cependant que cette « étude » ne doit en aucun cas, du moins pour le moment, faire apparaître Rogue comme un personnage à plaindre. En effet, JKR l’a dit elle-même : « vous ne devriez pas penser qu'il est trop gentil »