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Liberté, Hasard, Destin et Causalité

Certaines questions restent en suspend dans la saga Harry Potter, elles n’ont pour l’heure aucune réponse et les seules théories que nous émettons ne sont comme leurs noms l’indiquent que des suppositions. Cependant, certains thèmes, certains concepts présents dans les livres de JKR relèvent de Sciences dites Molles qui bien que « non confirmées » apportent tout de même un élément de réponse ou du moins un chance d’espérer pour Harry.

Dans cet article, nous allons donc tenter de mettre en exergue les concepts inhérents à la Prophétie de Sybille Trelawney, c’est-à-dire les notions de Liberté, de Hasard, de Destin et de Causalité.

Du point de vue métaphysique, le concept de hasard pur, absolu est une absurdité : rationnellement, ce qui le représente est le concept de probabilité ; mais le hasard qui consiste à attribuer à une et une seule des possibilités le titre de réalité, est un concept portant sur l'existence réelle.

Par conséquent, le fait que la Prophétie désigne Harry comme en étant son protagoniste principal n’est pas dû au hasard mais à une probabilité excédent de peu une chance sur deux, celle que Voldemort choisisse Harry plutôt que Neville, ceci couplé au fait que cette prophétie existe.

Ce qui existe donc, ce que le hasard choisit, provient en réalité de la vie, de la notre et de celle des autres, autrement dit du Choix.

Et ce choix vient de la liberté. Le « hasard » que Harry soit l’enfant de la prophétie vient de la liberté de Voldemort de l’avoir choisi lui et pas un autre. Ainsi, parler de hasard, c'est faire abstraction de l'influence des choix effectifs de la liberté qui en est l'origine, la négliger pour réduire le phénomène à son aspect matériel et rationnel, tel que le décrivent les probabilités.

Cependant, cette vérité (« le hasard pur, absolu est une absurdité ») ne concerne que la métaphysique. Elle n'est pas à confondre avec la notion « pratique » de hasard, excellente approximation pour décrire quantité de situations auxquelles nous avons affaire, dont en particulier la quasi-totalité des expériences de physique connues en tant qu'elles expriment un hasard d'origine quantique.

La question existentielle qui se pose alors est :

Quelle est la limite de cette approximation, quelle est l'origine spirituelle effective des choix effectués, comment et dans quelle mesure l'origine de ces choix nous concerne-t-il ?

La réponse qui vient naturellement est bien sûr celle-ci :

Les choix qui ne nous apparaissent pas comme étant les choix libres et conscients d'un individu particulier, seraient en définitive des choix du Destin. Aussi Harry n’ayant pas fait le choix de devenir la seule personne capable de vaincre Voldemort, il en résulte que c’est le choix du Destin, de l’entité supérieure de la saga HP qui en a décidée ainsi.

Cependant, nous allons voir que cette réponse, aussi tentante et naturelle (nous venons de prouver en effet que le destin de Harry est le fruit de la décision du destin) qu'elle paraisse, est fausse, du moins très souvent. En effet, le hasard existe de toute manière ainsi:

Définition du hasard

Une chose arrive par hasard relativement à une problématique donnée, si ses causes (ou les choix qui sont à son origine) sont sans rapport avec cette problématique.

Liberté, causalité et effet papillon : le hasard contre le destin

Il y a dans le monde deux sortes de phénomènes: ceux dont nous connaissons la cause (que nous pouvons décrire précisément tel l’effet d’un sortilège) et ceux dont nous ne la connaissons pas (existence d’une prophétie). Et la question est alors de trouver un statut à donner à la deuxième catégorie: sont-elles l'expression du destin, de lois spirituelles universelles qu'il soit possible d'exprimer ?

Métaphysiquement le hasard pur n'existe pas car à la place il y a la liberté. La liberté de faire autre chose. On a donc une notion de liberté au sens premier, pratique, direct, sur laquelle on est tous d'accord indépendamment des hypothèses métaphysiques: la liberté individuelle : nous sommes fondamentalement libres de faire ce que l’on veut.

Ainsi par notre conscience, nous choisissons librement ce que nous faisons parmi différentes possibilités, parce que nous sommes volontaires et ce n'est pas quelqu'un d'autre qui le choisit pour nous. Ce qui se cache derrière la nature de notre conscience, qu'importe ? C'est tel que c'est et cela ne changera pas de toute manière. Théoriquement, nous sommes donc libres de nos choix et ceux-ci écrivant notre futur, nous sommes maîtres de notre Destin.

Dans le déroulement de tout cela, un rôle important est joué par un phénomène caractéristique des systèmes dynamiques (que de nombreuses personnes connaissent) : l'effet papillon.
A savoir, les petites causes entraînent les grands effets et tout bruit même imperceptible dans les causes changera du tout au tout le résultat après un certain temps de gestation et multiplication des retombées.

Plus clairement, le battement d’aile d’un papillon dans le pacifique entraînera une tempête en Europe.

De cela résulte l'impossibilité pour la main du destin d'influencer les résultats à long terme soumis à cet effet. En effet, même en admettant qu'il existe des valeurs possibles du bruit de fond amenant vers un objectif donné, en fait, pour chaque choix que la "main du destin" pourrait considérer d'effectuer sur la composante du bruit de fond qu'elle peut contrôler, l'ensemble des devenirs qui en résultent issus des différentes possibilités restantes de part la composante incontrôlable du bruit de fond de la liberté, est à cause de l'effet papillon, un ensemble hétéroclite de devenirs comme tous les autres, ne présentant donc aucune garantie de se conformer au final à une quelconque volonté du Destin.

Si l’on replace cela dans le cadre Harry Potter, on peut considérer que le Destin peut avoir, par exemple, décidé que Harry aurait la baguette jumelle de Voldemort (c’est un objectif stable) mais ne peut prévoir que Harry tuera le Seigneur des Ténèbres car le bruit du fond (le déroulement de la vie et de tout ses aléas) est trop fort pour ne pas subir l’effet Papillon.

En conclusion, même s'il est éventuellement possible à la main du Destin d'apporter un "coup de main dans l'immédiat" face à une situation simple et prévisible à court terme, il Lui est foncièrement impossible d'arranger les conséquences à long terme de phénomènes complexes soumis à l'effet papillon, influencées par les subtils détails de la liberté des uns et des autres. L’existence des prophéties est donc ici réfutée. Le Destin ne peut prévoir un acte sur une aussi grande échelle de temps. Harry aurait pu mourir à maintes reprises et ainsi ne pas provoquer l’accomplissement de la prophétie.

Nous venons ainsi de voir qu'en ce qui concerne les résultats globaux de systèmes complexes au comportement chaotique où intervient la liberté comme l'est le monde actuel, il ne peut y avoir d'influence significative du destin, car ces résultats sont soumis en pratique à ce qui s'apparente à un véritable hasard.

« Des milliers de chemins […] naissent à chacun de nos pas… et des milliers d’autres à chacun de nos faux-pas.», Miss Teigne, Les Secrets d’Hermione (fan fictions HP), à lire sur le forum de la Pensine.

Plus loin, après avoir ainsi établi le hasard comme concurrent du destin, nous allons remarquer qu'il est également en concurrence avec la liberté.

La dictature du hasard

Qu'est-ce que la dictature du hasard ? La dictature ou « absence de liberté », c'est l'état du monde dans lequel nous ne pouvons pas atteindre les objectifs que nous poursuivons dans la mesure où nos actions permettent d'exprimer nos motivations et objectifs et que les conséquences ne seront pas celles que nous visions.

La dictature de quelque chose, c'est lorsque c'est cette « chose » qui décide à notre place de ce à quoi nous arriverons. Le hasard, c'est là où les conséquences obtenues n'ont aucun rapport de signification humaine.

Et alors, la dictature du hasard, c'est, logiquement, l'état du monde dans lequel nous ne pouvons pas atteindre les objectifs que nous poursuivons, parce que les conséquences de nos actes n'ont aucun rapport de signification humaine avec les objectifs qui animent ses actions.

Exemple: Je suis libre de lire n’importe quoi. Or, je veux me cultiver. Donc je ne suis pas libre de lire n’importe quoi.

Le hasard apparaît donc au niveau des choix et du destin individuel, comme étant l'expression des conséquences importantes que nous subissons de nos propres actes lorsque ces conséquences se trouvent n'avoir aucun rapport de sens avec l'intention que ces actes exprimaient.

Ainsi nous sommes responsables de ce qui nous arrive parce que ce qui nous arrive est conséquence de nos choix, mais cela a lieu d'une manière que nous ne pouvions pas prévoir ni contrôler. Nous sommes donc, malgré une certaine liberté et donc responsabilité qui nous colle à la peau quelque part, soumis en définitive à la dictature insidieuse du hasard.

Il peut y avoir totale disproportion entre un acte et ses conséquences. Le moindre réflexe ou la moindre hésitation peut engager toute la vie. Cela ne pardonne pas.

Lois de Murphy spirituelles...

Pour conclure cet article, ajoutons que quoique l’on ait pu dire, les prophéties existent dans le monde de Harry Potter, et malheureusement pour lui. Cependant pourquoi ne pas penser que ces prophéties ne sont en fait que des souhaits formulés tout haut par un peuple, des personnes en quête d’espoir ?

Enfin, pour Harry, pour lui permettre d’aller au-delà de la mort de Sirius, pour lui permettre de reprendre son chemin et de suivre son « nindô » (la voie des samouraïs), nous citerons les célèbres lois de Murphy ou lois de « l'emmerdement maximum » qui expriment l'acharnement d'un destin maléfique sur une personne mais qui annonce qu’il faut aller de l’avant car au fond il y aura toujours pire…

En effet, dans la mesure où la limite est floue entre la réalisation de nos objectifs par nous-mêmes de celle par le hasard, les cas d'évènements hostiles s'en trouvent d'autant plus mis en relief et font l'objet d'une attention et d'une dénonciation particulières.

- Rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît.
- Tout prend plus de temps que vous ne le pensez.
- Tout ce qui peut aller mal ira mal.
- S'il y a un risque pour que plusieurs choses aillent mal, c'est celle qui causera le plus de dommage qui ira mal.
Corollaire : s'il y a un pire moment pour que quelque chose aille mal, c'est à ce moment-là que cela ira mal.
- Même si quelque chose ne peut pas aller mal, cela ira mal quand même.
- Si vous sentez qu'il y a quatre raisons pour lesquelles une procédure peut mal se dérouler, et que vous parvenez à les contrer, alors une cinquième raison, imprévisible, va rapidement se développer.
- Laissées à elles-mêmes, les choses tendent à aller de mal en pis.
- Si tout semble fonctionner correctement, alors vous avez manifestement oublié quelque chose.
- La nature nous réserve toujours des pannes.
- Il est impossible de concevoir quelque chose résistant aux idiots, car les idiots sont si ingénieux.
- Quoi que vous décidiez de faire, il y a autre chose à faire auparavant.
- Chaque solution amène de nouveaux problèmes

Mais ne nous laissons pas aller au pessimisme (quoiqu’on pourrait, je vous l’accorde !) car au bout du tunnel n’y a t il pas la lumière ?