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Y aura-t-il une relève après Harry Potter et pourquoi l’aimons-nous tant ?

Bien que cela soit dur à dire, mais il n’en reste pas moins que c’est un fait, nous approchons à grands pas de la fin de cette fabuleuse saga qu’est Harry Potter. En effet, bien qu’il reste encore deux livres, la fin est plus proche qu’il n’y parait. Cela peut paraître très psychologique et mathématique mais après le six, le sept et après la relecture intégrale de l’œuvre de JKR.

Cependant, je ne pense pas qu’il faille se limiter, si l’on peut se limiter, à Harry Potter. Nous le reconnaissons l’œuvre de Rowling est extraordinaire et nous n’aurions pas créer un site sur HP si nous ne le trouvions pas fantastique. Cependant, il parait comme important de préciser que le phénomène Harry Potter a occulté un grand nombre de petits bijoux de la littérature pour enfants et adulte.

Grand nombre de livre sont sortis mais ne sont pas connu à leur juste titre et ce à cause de l’impact HP. Moi-même, j’ai été dans l’obligation de me forcer pour lire un autre livre que Harry Potter et cela ne m’a pas fait de mal.

Dans cet article, nous allons tenter de relever les éléments qui font que HP ne connaît pas à l’heure actuelle de remplaçant, de concurrents et qu’il est tant apprécié.

Allons y …

Tout d’abord, point très important, et à mes yeux le plus important, le fait qu’il y un lien aussi serré entre chaque tome.

Nous connaissons tous « Le seigneur des Anneaux » de Tolkien qui est aussi constitué d’une succession de livres, mais dans ce cas, l’histoire bien qu’extraordinaire ne fait que relater un quête. Il n’y a pas d’énigmes nous lisons la suite pour la connaître. Alors que dans HP, chaque élément du tome 1 au tome 5 nous donne à réfléchir, nous donne à théoriser, à vouloir comprendre.

Cela est parfaitement illustré par le grand nombre de site concernant Harry Potter. Ainsi, JKR elle-même use des grands sites comme Lexicon pour vérifier des informations.

En fait même si on refuse de se l’admettre, on lit Harry Potter pour vérifier ce que l’on pense qu’il va se passer. Et même si cela ne se produit pas et bien ce n’est pas grave on re-théorisera à la fin du tome pour tenter de comprendre le suivant avant qu’il ne paraisse.

Ensuite, second argument, bien que moins flagrant, est la magie que renferme les livres.

Le concept du sorcier a déjà était abordé à maintes reprises [lire pour exemple notre polémique sur L’île du Crâne]. Le fait de nous transporter au delà du réel, au delà de l’imaginaire, dans un monde où l’on aimerait vivre nous fait dévorer les tomes.

« Lire Harry Potter, c'est lire le roman familial dont tout enfant rêve mais qu'il ne peut absolument pas avouer. Quel enfant en effet pourrait admettre vouloir, dans ses rêveries, la mort de ses parents afin d'avoir la voie libre pour être le héros qui, dans un même mouvement, sauvera le monde et vengera leur mort ? Bien plus, quel enfant serait en mesure d'avouer que, de temps en temps, il rêve que sa mère et son père fassent le sacrifice de leur vie afin que lui, leur enfant, ait la vie sauve ? » (philosophe, auteur de « Harry Potter, les raisons d’un succès »)

Pour poursuivre, précisons, mais cela n’est même pas nécessaire, que les livres sont extraordinairement riches. Ainsi, l’existence du quidditch, des chocogrenouilles, de tout ce qui fait que chaque détail à son importance apporte à la saga une entièreté, une unicité dans le fait qu’elle est unique qu’il est impossible de trouver ailleurs. C’est un monde fantastique qui apparaît mais à l’instar du « seigneur des anneaux » il ne sous semble pas si lointain. Il est accessible et inaccessible à la fois.

Beaucoup de critiques de livres voient en Harry Potter un critique du nazisme, de la dictature.

« Ce choix [celui d’user de la magie] autorise au lecteur un va et vient constant entre le réel et l'irréel. Cette utilisation du merveilleux permet de dire la cruauté du monde sans blesser les lecteurs, qui peuvent prendre leur distance avec les épisodes les plus cruels en se rappelant que "ce n'est que de la fiction". Sur le fond, de quoi parle J. k. Rowling dans les quatre volumes parus ? De la guerre, d'un dictateur, de l'assassinat des parents du héros. Dit sur le mode réaliste tout cela aurait eu de quoi désespérer bien des lecteurs ».

« Ce qui fait la force et le succès d'Harry Potter, c'est, me semble-t-il, que cet affrontement renvoie au nazisme; il suffit de regarder quels sont les romans qui ont un très fort impact sur le public. Celui de Kressman Taylor, par exemple, Inconnu à cette adresse... Le nazisme c'est le grand traumatisme de notre époque, cette réalité incompréhensible qu'on ne cesse d'interroger. Paul Ricoeur dit que la fonction principale de l'imaginaire est d'explorer la vie, de la retourner dans tous les sens afin d'essayer de la comprendre. C'est ce que font des romans comme Harry Potter, À la croisée des mondes, Le Seigneur des anneaux... Ils nous proposent, à travers la création d'un monde autre, un modèle réduit de l'univers, le mettant par là même à la portée de notre compréhension ».

Mais nous ne pensons pas que les lecteurs aient cela à l’esprit lorsqu’ils lisent Harry Potter. Les livres renvoient certes à une image du monde dans lequel nous vivons, à des événements qui se sont produits. Mais cela ne sert peut-être que de trame, car la confrontation du bien et du mal existe depuis longtemps dans la littérature.

Ainsi, dans Peter Pan, on voit s’affronter le héros et la capitaine Crochet, dans le seigneur des anneaux, les bons contre « les méchants » mais sans de réel renvoie au nazisme. Cette période de notre histoire nous a tellement choqué que nous voulons la revoir partout pour la maintenir dans nos esprit, mais de là à dire que le livre est écrit avec cette objectif ou cette volonté, non.

Par contre ce qui fait la force de Harry Potter est la confrontation de deux personnages, de deux visions du monde, de deux façons de penser. Bien que cela soit un vieux concept, il n’en reste pas moins qu’il est toujours d’actualité. Et de toute façon, lire un livre fantastique sans qu’il n’y ait de méchant, de personnages à détester, à adorer ou admirer ne serait pas très intéressant. Non ?

Plus loin, on peut se poser la question de savoir pourquoi Harry Potter est-il si attachant ?
Pour cela, nous parlerons de deux concepts psychologiques que sont l’identification et l’introjection.

L'identification

L’identification est le processus qui permet de se mettre dans la peau d'un personnage. Ainsi dans Harry Potter, certains éléments semblent favoriser cette identification.

Harry Potter est un orphelin
Il est maltraité par sa famille d'accueil
Rejeté de ses pairs
Il a un physique ingrat
Il est toujours victime
Il subit nombre d'injustices sans pouvoir se défendre
C'est un solitaire, un incompris des moldus

Il a tout pour échouer, pour être un moins que rien. Pas de passé, pas d'avenir, un présent très sombre... Tout est là pour que le lecteur s'identifie à Harry Potter. Chacun peut trouver dans sa propre histoire un trait qui le rapproche d'Harry Potter. Il y a en chacun de nous une forme d'insatisfaction qui nous permet de nous identifier à cet enfant et de le prendre en amitié. Il a soif d'identité, d'acceptation, d'écoute, de justice. Il veut un avenir, mais n'a aucune issue possible.

Qui peut dire : "ça, ce n'est pas pour moi?"

La force de l'auteur est de faire aimer Harry Potter par le lecteur, dès le premier chapitre. On prend cause pour lui, il faut qu'il s'en sorte, ça ne peut durer. Une fois que le lecteur a mordu à cet hameçon, il veut aller jusqu'au bout.
Harry Potter, c'est un peu moi... Quand le lecteur en arrive à cette conclusion, il lira probablement les 6 tomes restants.

L'introjection

L’introjection est le désir inconscient de devenir comme l'autre, de tenter de devenir l'autre. Ainsi, es éléments qui favorisent ce processus dans la saga de JKR sont :

Amitié pour les faibles.
Mise à part.
Élu
Le faible peut devenir fort
Sentiment d'invulnérabilité

La magie offre à Harry Potter un avenir. Il ne va pas rester victime. Il peut enfin devenir auteur, par la puissance de la magie. Le message est clair : si Harry Potter étudie bien la sorcellerie il ne sera plus le gringalet, victime des circonstances, mais bel et bien l'acteur de sa vie. Qui ne rêve pas de changer de statuts? Devenir acteur plutôt que victime? Être le directeur de sa propre vie? Le lecteur a envie de devenir Harry Potter, il va donc le suivre dans son apprentissage à l'école de Poudlard.

Il me semble voir là les éléments de base d'un parcours initiatique ; Harry Potter ne connaît pas ses origines. De façon fantastique, il se découvre un sang de sorcier, et qui plus est, célèbre. Les portes de l'école lui sont ouvertes, et en 7 degrés, 7 étapes, 7 années scolaires, il va apprendre à gérer les dons reçus de ses défunts parents. Avec à chaque étape des examens, et toujours la possibilité d'être exclu de l'école si une faute grave est commise. Avec Harry Potter, le lecteur s'initie à l'art de la sorcellerie. Et pour Harry Potter, c'est le seul moyen qui se présente à lui pour sortir de l'horreur de son quotidien.

Il y a en chacun de nous, le désir d'être quelqu'un de mieux. Si le processus d'identification a fonctionné, le lecteur est mûr pour l'introjection. Il désirera réussir comme Harry Potter. Il rêvera ou souhaitera être aussi un élu, un mis à part.

L'auteur introduit par la suite des éléments qui entretiennent le suspense et renforcent ainsi l'identification et l'introjection

Harry Potter est la cible de puissances mystérieuses.
Il est l'enjeu involontaire de forces qu'il ne maîtrise pas.
Il ignore tout de ses origines
Il est marqué du « signe »

Ces éléments incontrôlables, totalement indépendants de la volonté de Harry Potter, montrent sa fragilité. Il a besoin de la magie pour vaincre, il a donc raison de l'apprendre, et le lecteur a également raison de l'aimer...

C’est peut-être ce volet psychologique qui fait le succès d'Harry Potter. Enfin, dans la grisaille quotidienne, il y a un moyen de s'en sortir ! Un moyen donné aux initiés, et à eux seuls.
Ensuite, on peut remarquer la présence d’une morale, un aspect socioculturel dans l’histoire. Dans les livres, sont valorisés :

- l'héroïsme, la bravoure, la témérité, le courage, l'intelligence, l'individualisme, la rancoeur, la vengeance.
- Enfreindre les règlements peut avoir des conséquences positives ou désobéir peut ne pas avoir de conséquences négatives...
- Il n'y a pas d'absolus, il y a de la place pour les malins, les roublards, les vaniteux, les sournois, les perfides (Serpentard).
- La magie blanche est meilleure que la magie noire (74).
- Ces pouvoirs peuvent aussi être innés, il suffit de les découvrir (148).
- Les sorciers, magiciens, mages, enchanteurs, forment une société avec ses règles, sa hiérarchie...

Pour conclure, les raisons citées ci-dessus nous éclairent quelque peu sur le pourquoi de notre attirance pour Harry Potter et ses aventures. Mais répétons bien qu’il existe d’autres livres tout à fait géniaux.

Citons « le Clan de Otori » de Lian Hearn et « Eragon » de Christopher Paolini.