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La prophétie ou le futur du passé (Virgile)

« Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche…Il naîtra de ceux qui l’ont pas trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois…et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal, mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore…et l’un devra mourir de la main de l’autre car aucun d’eux ne peut vivre tant que l’autre survit…Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois… »
Cette prophétie qui apparaît à la fin du tome 5, « l’ordre du Phénix », confirme les doutes que nous avions avant sa révélation ; c’est-à-dire que la fin de la saga Harry Potter se soldera par un affrontement entre Voldemort et Harry.

Comme nous l’écrivions dans l’article « Le Retourneur de temps (ou les choix de Dumbledore) » ; dans la Saga se pose la question des voyages dans le temps et de l’usage des retourneurs comme celui qu’utilise Hermione pour assister à plusieurs cours à la fois dans le Tome 3, « Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban ». De même, l’existence d’une prophétie implique l’existence d’une destinée et donc d’un absence de libre-arbitre, concept fondamental de la Liberté avec un « grand L » et du Choix avec « un grand C ».

Aussi dans cet article, nous n’allons pas débattre de la prophétie à proprement parler, mais plutôt de la logique philosophique inhérente au futur, au passé, au destin (déterminisme, hasard, fatalisme) ; tout cela recadré le plus près possible de notre principal intéressé : le très tristement célèbre Harry Potter.

Ainsi, la question qui se pose est : Comment Harry pourrait-il se libérer ou s'affranchir de ce qu'il ignore et qui le dépasse, autrement dit la prophétie et les autres secrets que Dumbledore lui cache certainement ?

Commençons…

Le destin en face du hasard

La question des arts divinatoires renvoie d'emblée à la question du hasard et du destin (voire des prophéties), celle aussi de la coïncidence en tant que phénomène probabiliste ou reflet d'un certain ordre de l'Univers (notre destin est tracé).

La divination est un pont jeté entre le monde des phénomènes et le monde de l'être, entre la conscience de l'homme et les inclinaisons du destin. La divination est une sorte de coïncidence inversée, ce n'est plus l'événement qui s'impose à l'esprit en tant que signifiant, mais l'esprit qui se porte sur le sens qui préside aux événements.

Ainsi, jusqu’au Tome 5 avant la prophétie, de par les affrontements répétés entre Harry et Voldemort, on concluait que à cause de cela, le tome 7 se solderait par un combat final ; après la prophétie, nous affirmons que les destin veut qu’ils s’affrontent car il est le seul qui a le pouvoir de vaincre le seigneur des Ténèbres. Au début ces affrontements semble être le fruit du hasard, maintenant ils deviennent le fruit d’une conséquence.

La divination s'oppose donc au fatalisme qui subit (ce qui n’est pas encore le cas dans Harry Potter car celui-ci refuse inconsciemment la tache qu’il lui incombe). La divination suppose un acteur humain dont la conscience se porte au niveau d'un plan qualifié de divin ou de l'ordre des choses. La divination n'est pas un fatalisme passif, c'est une tentative humaine de maîtriser son destin, de donner un sens à l'indéterminé, de contrôler sa vie. "Les étoiles dirigent les hommes, le sage dirige son étoile".

Précisons cependant que dans la saga HP ce n’est pas Harry qui choisit son destin, il lui apparaît comme on ouvre une boîte de Pandore, lui conférant le devoir de sauver le monde des sorciers.

Il apparaît néanmoins comme INDISPENSABLE de souligner le fait que L’Homme possède toujours son libre arbitre et peu à tout moment modifier sa destinée. Cette maxime prend tout son sens lorsque l’on cite Dumbledore selon lequel « l’importance des choix est primordiale » (T2) puisque « ce qui compte n’est pas ce que l’on est, mais ce que l’on devient » (T2)

Plus loin, « ce sont donc les hasards qui nous poussent à droite et à gauche, et dont nous faisons - car c'est nous qui le tressons comme tel - notre destin". Nous en faisons notre destin parce que nous parlons (en effet Harry en prend conscience parce que Dumbledore lui révèle la Prophétie).

Précisions : Pour illustrer le fait que ce sont les hasards qui fondent notre destin, citons Dumbledore dans le Tome 3 qui demande à Harry si le voyage dans le temps ne lui a rien appris : « les conséquences de nos actes sont si complexe que prévoir l’avenir est un tâche très difficile ».

" Tout est écrit"

La conception selon laquelle l'avenir est déterminé n'en est pas une. Il y a plusieurs façons de la concevoir.

Le fatalisme

Il repose sur l'idée que tout est écrit parce qu'existe un être (Dieu, les dieux) qui a décidé une fois pour toutes de notre destin sans que nous n'y puissions rien. Agir ne change rien, bien au contraire.

Exemple : On trouve cette conception fataliste dans les mythes antiques. On peut, par exemple, se référer au mythe d'Œdipe. Les hommes cherchent à agir contre le destin : les parents d'Œdipe, quand l'oracle leur annonce que leur enfant tuera son père et épousera sa mère, l'abandonnent dans le but de le tuer. Œdipe lui-même, lorsqu'il apprend à son tour quel est son destin, fuit la cour du roi de Corinthe qu'il croit être son père et s'exile.

Mais en réalité ce sont les actes mêmes des hommes qui cherchent à éviter leur destin qui précipitent la réalisation de ce destin lui-même. Nul ne peut échapper à son destin. Quelles que soient les actions des hommes, les évènements prédits auront lieu.

On retrouve ici le fameux Sinistros de Sybille, « on va mourir parce qu’on la vu » (exemple de Bilius Weasley). Cette conception est démentie par Hermione qui affirme que le Sinistros n’est pas la cause de la mort, mais l’élément qui fait survenir la mort. Bilius ayant vu ce chien noir s’est résigné à mourir et a attendu son heure sans tenter de changer son destin qu’il avait lui-même écrit. C’est le FATALISME.

Dans cette perspective, l'avenir est tout le contraire d'une page blanche (le cas d’Œdipe). Cependant, une telle conception récuse le principe de déterminisme puisque, alors même qu'on modifie les causes, les effets demeurent.

Providence et déterminisme

On peut aussi considérer que "tout est écrit" sans ajouter "quoi que je fasse". On peut en effet considérer que ce que je fais est aussi écrit et que l'avenir n'est pas écrit quelles que soient mes actions mais est écrit parce que mes actions ne peuvent qu'être ainsi et pas autrement. Je ne suis pas libre d'agir (absence de libre arbitre).

Quelque soit les choix de Harry, il ne pourra échapper à son destin…

Cette providence, nous refusons de l’accepter, JKR n’a pas pu créer un personnage aussi emprisonner. En effet, cela va à l’encontre de la philosophie et de la pensée de son mentor, celui qui nous délivre à chaque Tome des petites phrases anodines on ne peut plus moralisatrice mais au combien vraies et magnifiques.

Nature et déterminisme

La thèse stoïcienne pose l'idée que l'ordre de la nature nous dépasse. Nous ne pouvons rien contre lui. Mais si l'avenir est déterminé ce n'est pas quels que soient mes actes mais parce que mes actes aussi sont déterminés.

Il s’agi dont d'un fatalisme physique : la Nature est un enchaînement de causes et d'effets.

On a pu alors poser la question suivante : si tout arrive quoi que je fasse, pourquoi faire quoi que ce soit ? C'est « l'argument paresseux ».

Exemple : Une anecdote raconte que Zénon de Cythium (le fondateur du stoïcisme) surprit un jour un esclave en train de le voler. Celui-ci lui dit : "Maître, c'était mon destin de voler" et Zénon lui répondit "C'était ton destin aussi d'être battu".

Cette idée ne peut pas être valable dans le cas de la saga HP, en effet, elle suppose une « nonchalance » de l’intéressé (Harry).

Harry doit soit tuer, soit être tuer, il doit donc tout faire pour survivre et cela passe par, quoique l’on dise, de l’entraînement ; l’argument paresseux n’est donc pas valable.

Avenir et hasard

On peut évoquer l'exemple du papillon de Lorenz. Cet exemple porte sur la météorologie.

Pour prévoir le temps, il faut connaître l'état exact de toutes les molécules d'air (des milliards de milliards!). Supposons qu'on connaisse l'état des molécules d'air et qu'on les programme dans un ordinateur (distribution des températures, des nuages, des vents etc.). On met la machine en marche et on calcule : dans un an il fera beau temps.
Or, au moment où l'on met la machine en marche, un papillon s'envole à l'autre bout de la terre. Le souffle provoqué par le mouvement de ses ailes déplace quelques molécules d'air qui en déplacent d'autres etc. Le pronostic météorologique en est modifié : dans un an, il pleuvra.

C’est le hasard, les épicuriens y voient d'ailleurs le fondement de la liberté.

Avenir et liberté

Si l'homme est libre, l'avenir n'est pas écrit d'avance. Il est, au moins en partie, une page blanche. Si l'homme est libre, rien ne peut permettre de prévoir ce qu'il fera.

Remarquons cependant que tout n'est pas possible (je ne peux faire ce qui est contraire aux lois physiques, par exemple) et il existe une certaine nécessité de l'avenir (par exemple celle de ma mort) mais si je suis libre je peux aussi influencer par mes actions ma durée de vie et l'instant de ma mort n'est donc pas écrit d'avance.

Ainsi Harry, bien que prisonnier de la prophétie, si l’on accepte son existence, est tout de même libre de vivre ou mourir. Non, plutôt de combatte ou de ne pas combattre ou encore mieux, d’agir ou de ne pas agir.

Tout le problème est donc de savoir si l'homme est vraiment libre.
Ce qui est sûr, à ce niveau d'analyse, c'est que si l'avenir est imprévisible, il peut ou non être une page blanche mais s'il était prévisible alors il ne serait pas une page blanche. Or il existe des disciplines qui visent à prévoir. Ne permettent-elles pas d'affirmer que l'avenir n'est pas une page blanche ?

La futurologie

Si notre ignorance de l'avenir ne préjuge en rien de son indétermination, en revanche sa connaissance impliquerait une détermination.

Or il existe des domaines où l'on peut bel et bien prévoir. Le cycle des saisons, par exemple, est déterminé. On peut prévoir les éclipses. La tectonique des plaques nous permet une certaine prévisibilité. On peut assez bien prévoir les éruptions volcaniques. Les astrophysiciens ont pu établir que le soleil brillera encore environ cinq milliards d'années. Quant à la météorologie, même si elle ne peut guère prévoir au-delà de cinq jours (comme l'a montré l'image du papillon de Lorenz), dans ce délai les prévisions sont plus fiables qu'on le dit souvent. On voit que la prévisibilité concerne surtout les lois physiques et chimiques.

L'avenir est-il une page blanche ou est-ce l'effet de notre ignorance ? Il semble impossible de décider.

Conclusion

L'avenir n'est pas une page blanche. Tout est-il écrit ? Nul n'en sait rien. Il existe sans doute une part de hasard et peut-être de liberté. Ce qui est sûr, c'est que l'avenir nous reste en grande partie inconnu.

Depuis des siècles l'humanité se pose des questions, pourquoi somme-nous là ? Qui somme-nous ? Et bien d'autre. Parmi ces questions certaines peuvent trouver leur réponse comme celle-ci : "Notre destin est-il écrit ?".

Cette question revient souvent, il n'y à qu'à voir des films comme Matrix sans vouloir être cliché, Morphéus demande à Néo :

-"Crois-tu en la destinée Néo ?
- Non
- Et pourquoi ?
- Parce que je n'aime pas l'idée de ne pas être aux commandes de ma vie."

C’est bel et bien là quelque chose que Harry aimerait : être aux commandes de sa vie, pouvoir faire ses propres choix. Mais gageons que celui-ci par le biais de JKR aura en temps voulu, au moment fatidique, la chance de faire son Choix.
Harry ne souhaitait pas que Sirius et Lupin deviennent des assassins en tuant Pettigrow dans le Tome 3 pour venger James et Lily ; aura-t-il la force, le courage, la volonté de faire la même chose lors de l’affrontement final et ainsi infirmer ou confirmer l’existence d’un destin immuable ? Espérons qu’il prendra sa décision avant ce moment fatal car nous ne pensons pas que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le nom lui laissera le temps de la réflexion.

Au demeurant, la question posée: “Lit-on ou écrit-on son destin?” peut paraître bizarre, car si le destin est ce qui est déjà prévu à notre insu comment est-il possible de l’écrire? Pour ce qui est de le lire, a moins d’accorder du crédit aux voyants et donc à Trelawney, cela ne semble pas plus évident. On aurait donc préféré que l’on dise: “Peut-on maîtriser son existence?”

Ce qui est indiscutable, c’est le destin tragique de l’homme, le fait qu’il soit mortel et qu’il en ait conscience.

Dès lors, exister, est-ce accepter et subir ou résister et créer?

Rappelons tout de même la maxime qui veut que les pessimistes aient toujours raison mais que ce sont les optimistes qui agissent...

Nous, on dit : Courage Harry, la route est droite mais la pente est rude.