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Le Héros & Sa lutte contre sa victimisation

Lorsque nous attribuons le titre de Héros à quelqu’un, c’est que nous voyons en lui quelque chose de semi-divin, de lumineux et que nous croyons que cet être peut aisément se démarquer de la foule des hommes ordinaires.

Dans ce sens, Harry peut être considérer comme un Héros puisqu’il se démarque des autres, des autres moldus puisqu’il est un sorcier, des autres sorciers puisqu’il a « vaincu » le Seigneur des Ténèbres alors que personne jusque là n’avait réussi.

C’est donc de cette façon qu’il faut considérer le héros, considérer Harry. Il est celui qui incarne notre désir d’échapper aux limites d’une vie terne pour accéder à la lumière, au monde des sorciers.

Précision : C’est dès le commencement de la littérature avec l‘épopée de Gilgamesh (3ème millénaire av. J.-C.) que cette rêverie commune aux hommes prend forme avec la première épopée et un des premiers héros : le géant solaire Gilgamesh. Suivirent alors une multitude d’oeuvres ayant parfois un seul point en commun : un héros.

Campbell, un très célèbre mythologue américain et auteur d’un livre que tout personne se vantant d’apprécier les mythes et légendes se doit d’avoir lu : « le Héros aux mille et un visages », présente ainsi le cycle du héros :

« - Tout d’abord, il est intéressant de regarder de plus près la vie et la mort des héros, c’est-à-dire le chemin qu’ils suivent généralement au cours d’un récit. Ce chemin a été tracé d’après plusieurs de leurs vies.
- Habituellement, l’enfance du héros se déroule à peu près comme suit. La naissance de cet être est annoncée, il y a présence de conception miraculeuse. L’enfant est alors marqué dès le sein de sa mère par un quelconque événement.
Sa naissance est virginale et après qu’il soit né, il y a des manifestations spéciales qui se font sentir dans son entourage. On perçoit déjà que le héros sera menacé dans toute son existence.
- Vient ensuite l’occultation de ce dernier, sa révélation et ses tâches.
- Pour finir, c’est sa mort, mort qui sera annoncée, mise en scène, cosmique et contagieuse. »

Exemple de Jésus : Pour mieux comprendre le schéma de cette vie de l'être héroïque, il faut le rattacher à quelque chose de concret que tout le monde connaît comme l’histoire de Jésus puisqu’on se rend bien compte que celui-ci a eu une vie remplie d'exploits remarquables. La naissance de Jésus avait été annoncée par un ange descendu du ciel et par des songes. Il a été conçu miraculeusement par la Vierge Marie, une mortelle, et par le Saint-Esprit. Il est marqué dès le sein de sa mère comme lorsque Marie rencontre Elizabeth qui est enceinte de saint Jean-Baptiste, ce dernier bouge dans le ventre de sa mère pour annoncer la venue de son cousin Jésus. Des manifestations spéciales se font sentir peu après la naissance de l’enfant Jésus, par exemple, lorsque les Rois Mages viennent pour l’adorer. On peut le sentir menacé durant toute son existence, sa fin tragique sur la croix est là pour le prouver. Toute sa vie, Jésus a tenté de disparaître, il a vécu pendant vingt ans caché et c'est à douze ans qu'il a fait une «fugue» pour se retrouver au temple avec des docteurs. Mais rien n'aurait pu changer sa révélation : il s'est annoncé comme étant le sauveur du monde, il a accompli quelques miracles dont celui de Cana où il a changé l’eau en vin et il a eu pour tâche d'annoncer la Bonne Nouvelle. Il est mort très jeune, soit à l'âge de trente-trois ans, et bien entendu on a annoncé sa mort trois jours avant qu'elle ne survienne. La mort de Jésus ‘a été cosmique, tout l’univers a participé à sa mort, le ciel s’est ouvert, le tonnerre a grondé. Cependant, la mort de Jésus n'a pas été contagieuse, c’est-à-dire qu’elle n’a pas entraîné les autres à mourir pour lui, comme l’a pu l’être la mort de plusieurs autres héros. Voilà le schéma du héros, de sa vie à sa mort.

Harry Potter : La naissance de Harry a été annoncé par une prophétie faisant de lui le seul sauveur potentiel du monde. Il a été marqué par Voldemort comme son égal et celui-ci a ainsi scellé le sceau qui les unis, qui les fait être les deux acteurs de cette fameuse prophétie mettant en balance leurs vies et devant faire d’eux soit des assassins, soit des assassinés. Peu après sa naissance, on se doute de par les événements qui se produisent de son destin, de sa destinée. On peut le sentir menacé à chaque tome, sa vie étant tel un fin fil. Toute sa vie sera, maintenant que l’on connaît la prophétie, dirigée vers l’accomplissement de son destin. Et rien ne pourra en faire changer l’issu : mourir ou tuer.

C’est étonnant de retrouver une telle structure. Surtout que, si celle-ci se déroule conformément à ce que Campbell affirme, le Héros mourra.

Précisions : De nombreuses analyses des Héros classent les Héros en plusieurs catégories. On retrouve ainsi :

Le héros emblématique : C’est celui de l’épopée, amené par les héros de légendes et de mythes. Il a des valeurs transparentes, c’est-à-dire, qu’il connaît ses valeurs. Il sait pourquoi il vit, il sait ce qu’il doit faire ; il doit combattre jusqu’à la mort pour l’honneur. Son « moi » est social, il est défini par la collectivité, il ne vit pas vraiment pour lui.

Le héros tragique : Le héros tragique est encore exemplaire, mais il doit affronter un destin où tout est perdu d’avance. Il est à la fois coupable et innocent, alors la seule solution qui lui reste pour faire disparaître ses malheurs est la mort. Celui-ci a encore une fois des valeurs transparentes, il connaît ses valeurs, et sait pourquoi il vit, mais il n’a pas le choix de s’assumer tout seule, il est le seul à pouvoir se comprendre. Seule au monde face à un destin qu’il ne peut changer. Il assumera donc sa mort.

Le héros problématique :
C’est le héros de roman. Le sens de sa vie a perdu son côté transparent. C’est un héros qui n’a pas de destin. Il faudrait qu’il tente par lui-même de s’en inventer un, mais il n’a pas de modèles. Il ne sait pas pourquoi il vit et ne connaît aucunement ses valeurs. Son « moi » est changeant, c’est un être instable. On pourrait classer les héros de roman dans la modalité "pareil à nous". En fait, comme nous, ils doivent trouver un sens à leur vie et comme nous, ils sont instables. Ils ne sont pas meilleurs que nous. Ils représentent l’homme avec ses forces et ses faiblesses. Ils se trompent parfois, ils ont droit à l’erreur. On peut dire que ce sont les plus "humains" des héros.

Plus loin, il existe des Héros qui en fait n’en sont pas : il s’agit des anti-Héros : on les nomme ainsi parce que Leur mythe se présente d’une manière inversée. Leur vie, leur quête, leur destin n’agit plus comme un processus de libération, d’exaltation, menant de la vie à la sur-vie, mais plutôt comme un processus de régression ramenant le héros de la vie au néant.

Or, nous pouvons remarquer que Harry Potter bien que répondant aussi très bien aux caractéristiques des héros emblématiques, tragiques et problématiques se révèle être aussi, dans un sens, un parfait anti-Héros. En effet, au fil des tomes, en l’état des choses actuelles, Harry se meurt intérieurement : il en a trop vu.

La séquence des événements de la vie d’un anti-Héros se déroule à contre-courant du désir du héros. La liberté qu’ils apportent à leurs concitoyens ne leur a valu que d’être assassiné, ou d’être obligé de se suicider.

Or, comme nous, vous êtes inquiet quant au sort de Harry. En effet, on peut craindre qu’il doive se sacrifier pour sauver le monde des sorciers et pourquoi pas le monde tout court compte tenu des ambitions follement démesurées de Voldemort.

La suite des événements, dans laquelle se trouve entraînée le héros, témoigne donc déjà, par son ordonnance même, d’une volonté antérieure à celle du héros. Autrement dit, le héros, incarnation du «je» dans le présent du récit est soumis à un passé antérieur qui est l’effet d’un «je» lui-même antérieur à l’apparition du héros. Antérieur au héros, ou si l’on veut supérieur au héros.

Ainsi, cette prophétie qu’a faite Sybille Trelawney impose une tâche à Harry, celle-ci pouvant être la mort, le sacrifice pour sauver les Autres.

C’est pourquoi le héros est anti-héros et que, d’un point de vue mythique, il est celui qui se lance lucidement dans une entreprise de zombification personnelle (l’état de zombi, de mort-vivant, étant un état de paralysie, d’immobilisme).

En effet Harry, dans le Tome 6 « Harry Potter & The Half Blood Prince », va certainement devoir accepter son destin qui est de tuer ou d’être tuer. En d’autre terme de se tuer lui au plus profond de son âme et devenir un assassin, au mieux, ou de se tuer ou se faire tuer véritablement au sein même de la société dans le pire des cas.

Le héros accepte cette zombification personnelle pour se dynamiser, il se fait agent en acceptant jusqu’au bout sa condition de victime de façon à vivre sa mort jusqu’à sa « résurrection » (les Héros étant, en effet, Eternels). Il rompt le cercle de la paralysie et remet en branle le mouvement de la vie du héros dont parlait M. Sellier (auteur du « mythe du Héros ») : vie-mort-apothéose.

La fonction anti-idéologique du héros consiste donc à transformer une régression individuelle vers la mort en un passage collectif vers la vie.

Le héros se fait zombi parmi les zombis pour donner à tous le « sel libérateur ». Ainsi, Harry se sacrifie, se condamne a être un « damné pour lui-même » pour sauver les autres et les mener vers la lumière, la vie, un monde dans lequel la crainte de Voldemort ne sera plus. Et c’est en acceptant sa condition de victime, en la faisant reconnaître donc qu’il la dénonce, et par là même s’attaque à la victimisation dont il est, avec les siens, l’objet. Le fait même d’accomplir la prophétie ou de tenter de l’accomplir dénonce sa victimisation.

Plus loin, La criminologie a étudié, ces dernières années, cette notion selon laquelle fort souvent la victime est le vrai coupable. La victime est en quelque sorte celui qui a armé le bras de son assassin. Cette notion recouvre ce qui autrefois faisait qualifier certains personnages de théâtre «d’héautontimo-rouménos» (bourreau de soi-même).

Dans le cas de Harry Potter, la haine qu’éprouve Voldemort contre lui, contre ses amis, le fait que le Seigneur des Ténèbres s’attaque aux compagnons du Héros, de Harry, font de notre Sauveur du monde des sorciers le coupable de la souffrance d’autrui.

Ainsi donc, dans un sens, la victime est le coupable et le coupable est la victime d’un destin tracé auquel aucun des deux ne peut échapper sans rompre le doux et impitoyable équilibre de la relation du Héros à la Mort.

Précision : Dessalines, Héros de l’histoire, Manuel, Héros de roman, Bouki, Héros de contes, sont des personnages qui ont voulu rompre ce dialogue défavorable auquel ils étaient contraints, Voilà pourquoi Dessalines meurt assassiné par les siens, comme Manuel l’est par un cousin, comme Bouki est en butte aux malices de son neveu.

Pour conclure cet article, nous pouvons ajouter que quelque soit notre conception de l’héroïsme, du héros, Harry en est de toute façon un à sa manière. Cependant la question que l’on peut se poser est de savoir si son destin, son héroïsme se rapprochera du cycle des Héros précédemment cités et qui sont mort pour accomplir leur destinée.

Finalement, pour aller plus loin, la question qui peut nous rester en tête suite aux différentes définitions des héros est : "Existe-t-il un héros pire que nous, auquel on ne veut pas s’identifier, puisque ne nous bernons pas, nous aimerions tous être Harry Potter ?"

La réponse est oui, il existe bel et bien un type de héros dont on se moque et à qui on ne voudrait absolument pas ressembler : le héros de comédie. Ses défauts sont grossis, sa maladresse, amplifiée. Néanmoins, ces héros représentent tout de même une partie de la condition humaine belle et bien présente, pas seulement chez nos voisins ou amis mais, souvent au fond de notre for intérieur d’être humain.

Vaut mieux en rire et ce dire qu’au fond, les héros sont des êtres que nous ne pouvons égaler, ni dans leurs forces, ni dans leurs faiblesses. Et que Harry n’est alors pas forcément un héros mais un homme parmi les hommes ou si vous préférez un sorcier parmi les sorciers.